OVHcloud poursuit Microsoft pour abus de position dominante sur le marché du cloud

OVHcloud poursuit Microsoft pour abus de position dominante sur le marché du cloud
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Microsoft fait face à une plainte antitrust déposée auprès de la Commission européenne, a rapporté le Wall Street Journal le 16 mars. OVHcloud, accompagné de plusieurs sociétés dont les identités sont inconnues, est à l’origine de ce procédé. La société basée à Roubais a confirmé le dépôt d’un recours au nom de L’Usine Digitale. “Microsoft sape la concurrence loyale et limite le choix des consommateurs sur le marché des services de cloud computing”, a-t-elle déclaré lors de nos entretiens.

Critiques répétitives

Plus précisément, la plainte concerne la manière dont Microsoft octroie des licences pour ses produits, tels que sa suite Microsoft 365 (anciennement Office 365). Ceux-ci sont pré-installés sur Windows, ce qui leur donne un avantage décisif sur les offres concurrentes. Cette critique n’est absolument pas nouvelle et a déjà valu deux plaintes au géant américain. Une coalition d’une trentaine d’entreprises et d’organisations, baptisée “Equal Coalition Coalition”, l’a accusé de favoriser OneDrive, son outil de stockage en ligne, et sa solution de chat de groupe Teams.

Slack, la société qui édite le logiciel de discussion éponyme que Salesforce a racheté en décembre 2020, a également placé Microsoft devant Bruxelles en juillet 2020. Celui-ci “liait illégalement son produit Teams à la suite Office, qui occupe une position dominante sur le marché”, avait-il déclaré dans un communiqué à l’époque. Ce faisant, il “oblige des millions de clients à installer Teams, bloque sa suppression et masque le coût réel pour les entreprises” des utilisateurs d’Office.

Ces plaignants s’attendent à ce que l’Union européenne engage Microsoft à commercialiser certaines de ses offres en tant que produit distinct de sa suite bureautique. La procédure est toujours en cours. En plus d’une amende, il pourrait être condamné à modifier immédiatement sa pratique.

Le lobby européen accueille

Les fournisseurs de services d’infrastructure cloud en Europe (CISPE), l’un des lobbies européens du cloud, ont salué cette nouvelle plainte. “Le CISPE, en tant que représentant de nombre de ces acteurs, appelle la Commission européenne à enquêter de toute urgence sur cette plainte dans l’intérêt non seulement des entreprises et des consommateurs européens, mais également dans l’intérêt de la décennie numérique de l’Union européenne.” .

La concurrence sur le marché du cloud est devenue un enjeu central de la régulation de l’économie numérique. En janvier, l’Office de la concurrence a demandé une analyse des conditions de fonctionnement du secteur. Elle examinera notamment la “dynamique concurrentielle du secteur”, “la présence d’acteurs dans différents segments de la chaîne de valeur” ainsi que “leurs relations contractuelles dans un contexte où plusieurs alliances et partenariats pour la fourniture de cloud sont conclus”. Il rendra ses conclusions début 2023.

Un grand écart entre les joueurs américains et européens

Il y a une réalité derrière ce problème : les fournisseurs américains sont loin devant les concurrents européens ou français. Seuls Amazon (Amazon Web Service), Microsoft (Azure) et Google (Google Cloud Platform) occupent 69% du marché européen, selon une étude de Synergy Research Group, publiée le 21 septembre 2021. Et leurs parts de marché continuent de croître grâce à d’énormes investissements. Au cours des quatre derniers trimestres, près de 14 milliards d’euros ont été investis dans la modernisation et l’expansion de leur réseau régional de centres de données hyperscale.

Deutsche Telekom est le leader parmi les acteurs européens avec une part de marché de 2 %. Les Allemands sont suivis par des entreprises comme OVHcloud et Orange, mais leurs parts de marché ont chuté entre le premier trimestre 2017 et le deuxième trimestre 2021.

Établir une préférence française?

Pour certains, les règles devraient donner la priorité aux entreprises françaises ou européennes, notamment dans le cas des marchés publics, comme le font les États-Unis. C’est ce que réclament certains candidats à l’élection présidentielle. Dans la pratique, cependant, cela obligerait les services gouvernementaux à fonctionner seuls sans les services commercialisés par les entreprises américaines. Ce qui n’est pas si facile s’ils les utilisent depuis des décennies. Mais le mouvement semble s’amorcer doucement.

Ainsi, le 15 septembre, la directrice interministérielle du numérique (Dnium) Nadi Bou Hanna a publié une circulaire dans laquelle elle précise que l’offre de Microsoft 365 n’est pas « conforme à la doctrine du cloud au centre ». Cette doctrine, introduite en mai 2021, impose aux ministères et administrations de n’utiliser que des clouds sécurisés et immunisés contre les réglementations hors UE.

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